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Une forme dans le temps et l'espace

 

Le temps auquel sont soumis les phénomènes simulés n’est plus le temps réel des phénomènes que l’horloge astronomique s’efforce de représenter, c’est un temps qui n’existe que dans l’ordinateur et grâce à lui, un temps qui naît des milliards de micro-impulsions électroniques émises par l’horloge interne du calculateur. Il en résulte que l’utilisateur peut, autant de fois qu’il le désire, recommencer son expérience en variant des paramètres. A chaque reprise, l’expérience se déroulera différemment selon les variations des données initiales. « Le temps de synthèse est, comme l’image de synthèse, une virtualité, un réservoir quasi infini d’instants, de durées, de simultanéités, d’enchaînements ou de bifurcations de causes et d’effets, non simplement réversibles, ou lisibles à l’envers, mais totalement redéfinissables et réitérables : un temps en puissance. » (1) L’image numérique ne donne pas à voir un présent enregistré mais des multitudes de présents susceptibles éventuellement de s’actualiser sur l’écran.

extrait carrelignescourbes6

La forme qui apparaît à l’écran n’est que le fruit d’un calcul spatio-temporel. Ce n’est rien d’autre que qu’une apparence visuelle du processus algorithmique. « L’image numérique est la traduction visuelle d’une matrice de nombres qui simule le réel - l’objet- dont elle peut restituer une quasi-infinité de points de vue. C’est une image-matrice qui est capable de créer elle-même – car elle est intimement solidaire des circuits de l’ordinateur et du programme qui la génère – une multiplicité d’autres images.» (2) L’image numérique est générée par des programmes informatiques pour évoluer dans le temps. Elle est conçue pour elle-même, en vue de s’exécuter, car son fonctionnement physique est sa raison d’être.

 

L’objet dynamique n’est qu’une forme d’un possible, ce n’est qu’une temporalité. Dans un autre temps ou dans un autre espace la forme devient elle aussi autre, c’est «  l’état transitoire d’un processus physique permanent  » (3) le code lui reste invariant. Le temps apparaît, non plus comme une entité, mais comme une possibilité d’évènements successifs, et nous ne pouvons concevoir le temps qu’à condition d’y distinguer des moments différents.

 

Les animations introduisent le temps comme composante perceptive fondamentale. Il y a une mise en relation directe entre le processus et le spectateur. C’est un lecteur qui se laisse porter par la dynamique du processus physique exécuté par la machine. La particularité repose sur le programme, autrement dit sur la dynamique productive, plus que dans le produit fini. « Cet objet a un état qui est décrit et à tout instant, il va décider de son état suivant par rapport à son état présent et éventuellement par rapport à son état passé » (4) d'après Antoine Schmitt. Donc cette chose a un mode d’être qui peut ressembler à la manière dont le vivant se comporte. Par extension, ne pouvons-nous pas, en dehors de la machine, concevoir un mode de pensées proche de l'algorithme informatique. Ce comportement ne nous fait-il pas penser à notre propre mode d’être ? Comme le dit Sartre : «  L’homme n’est rien d’autre que son projet, il n’existe que dans la mesure où il se réalise, il n’est donc rien d’autre que l’ensemble de ses actes, rien d’autre que sa vie. » (5) La vie n’est qu’une succession de présents.

 

La représentation du mouvement qui s’inscrit dans l’espace et le temps nous est familière depuis Eadweard Muybridge et Etienne-Jules Marey.

 

Etienne-Jules Marey, étude chronophotographique, 1890-1891

 

Marey est l’inventeur du chronophotographe, qui permet de reproduire une séquence complète de mouvements sur une seule image. Grâce à cette méthode, les actions se superposent légèrement mais restent assez claires pour rendre dans sa continuité une action. En revanche, la manipulation intuitive de ces visualisations est longtemps restée hors de notre portée. En superposant le passé, le présent et le futur de la forme en une unique vue ajustable , Casey Reas, artiste incontournable de la création numérique, crée un système d’analyse étonnamment simple d’une forme en mouvement.

 

Voir simultanément le passé, le présent et l’avenir, Casey Reas, 2000

Code de création, p.26, 27

 

Chaque tranche de temps peut être interprétée et appréciée ; il suffit de régler sa transparence et son niveau de déplacement spatial dans les dimensions horizontales et verticales.

(1) Edmont Couchot, Les chemin du virtuel : simulation informatique et création industrielle, Cahiers du CCI, Centre Georges Pompidou, avril 1989 pour la version originale, 2001 pour la version en ligne http://www.olats.org/livresetudes/etudes/couchot1989.shtml#5-origine

(2) Edmont Couchot, Médias et Immédias, connexion art réseau média, Annick Bureaud, Nathalie Magnan, p.189

(3) Ph. Bootz,Esthétique de la frustration, MIM, avril 2002

(4) Antoine Schmitt, Le travail du temps : programmer « un mode d’être », entretien réalisé par Samuel Bianchini publié dans Parpaings n°32, Ed. Jean-Michel Place, Paris, avril 2002

(5) Sartre, L’existentialisme est un humanisme, p.57

 

 

 

 

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