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Contrôle ou non-contrôle

 

C’est une erreur de supposer que mon contrôle en tant qu’auteur finisse avec la manière dont j’aurai prédéterminé la manifestation précise des résultats visuels. « Je peux ou peux ne pas avoir prédéterminé le résultat visuel, mais c’est quand même moi qui ai choisi et programmé les algorithmes qui font le lien entre l’input et l’output ! Le contrôle a été supplanté par le méta contrôle. » (1) Mes travaux varient selon le degré de contrôle que j’exerce moi-même, selon le degré d’autonomie et selon l’interaction de l’utilisateur.

 

 

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Dans cet exemple, plusieurs carrés commencent leurs parcours essentiellement aléatoire à différents endroits définis par l’auteur. Un simple déplacement du pointeur n’entraîne pas de changement et le contrôle paraît être du côté du programme. En appuyant sur la souris et en faisant des mouvements circulaires, la forme se tourne en direction du pointeur et peut se déplacer de façon rotative. La trace dessinée par l’objet apparaît alors sous une autre forme. Lorsque j’ai créée cette variation, je n’ai même pas remarqué que l’utilisateur peut intervenir sur le devenir des formes. C’est lorsqu’un ami m’a posé une question à ce sujet que je m’en suis aperçue. Cet extrait illustre bien que le « hors champ » constitue un aspect important dans l’exploration des programmes. En d’autres termes, si le pointeur ne traverse pas la scène, les formes ne sont pas influencées et prennent leur trajectoire aléatoire.

 

 

 

 

 

Cette variante me fait penser à des tableaux à la façon de Jackson Pollock, le « dripping » consiste à laisser la matière chromatique tomber sur la toile, de façon aléatoire ou par des contrôles et des équilibres inhabituels pour créer des non-formes imprévisibles. Cette dissociation - le fait de ne pas utiliser de brosses ou d'autres instruments traditionnels - est très intéressant du point de vue de la notion d'abstraction dynamique, car cette perte de la maîtrise peut être la source d'une beauté née du hasard. Les trajectoires prises par les pixels et leurs traces ressemblent aux dégoulinures sur une toile d’un artiste comme Pollock.

Jackson Pollock, Untitled, vers 1948/49, encre et vernis sur papier, 56,8x76,2cm, New York, The Metropolitain Museum of Art.

 

En utilisant la technique du dripping, ses peintures sont souvent le résultat incontrôlé d’actions plus ou moins aléatoires.

Dans mon travail d’ expérimentation, je vois trois forces différentes dont chacune tient une part du contrôle. D’un côté on a le programmeur, celui qui dit à l’ordinateur ce qu’il faut faire. Au milieu on a le programme qui lui aussi tient une part du contrôle et enfin le spectateur. Dans ma pratique, je suis d’un côté l’auteur et de l’autre le spectateur comme une sorte de ‘spect-auteur’ qui se laisse surprendre par cette beauté algorithmique. Tout se joue alors entre l’artiste et le programme. Comme moi en tant que ‘programmeur’ j’utilise des interfaces qui ressemblent à des interfaces de contrôle, dont on voit ci-dessous un exemple de l’artiste Ed Burton, je ne suis finalement qu’un utilisateur dans la chaîne.

 

Ed Burton, http://www.sodaplay.com

 

Ed Burton est l’auteur du fameux jouet Java sodaconstructor (http://sodaplay.com), qui a reçu le prix du jeu interactif BAFTA pour les Arts Innovants en 2001. Il explique lui-même que ce jeu permet aux visiteurs d’élaborer des créations interactives à partir d'un ensemble de membres et de muscles modélisés de manière dynamique. En modifiant certaines propriétés physiques telles que pesanteur, frottement et vitesse, des modèles anthropomorphiques curieux peuvent marcher, grimper, se trémousser, se secouer ou bien encore s’écrouler en amas en se contorsionnant. « Pour moi, l’inspiration de l’interactivité passe par le jeu : la joie qui découle de l’expérimentation et de la découverte spontanées. Jouer a toujours été au coeur de ma façon de travailler : faciliter le jeu créatif est un aspect épanouissant de mes réalisations quand je travaille. » (2) Burton crée tout un dispositif de contrôle, le visiteur peut contrôler une majorité de paramètres comme la vitesse, la pesanteur…Il se trouve en quelque sorte confronté à un programme inconnu tout comme moi en tant que exploratrice du logiciel Director. Cette liberté qu’on imagine infinie ne s’avère en fin de compte qu’une illusion, parce que ce n’est qu’une liberté programmée. Le joueur, qui, dans mon travail est caractérisé autant par l’utilisateur que par le créateur, dispose du libre droit de choisir, mais conformément à des règles prédéfinies.

 

 

(1) Golan Levin Magazine Èlectronique du Centre d'Art Contemporain, Montreal
Entrevue réalisée par Carlo Zanni, 2004

(2) Ed Burton http://www.numer.org/2002/francais/numer02/rencontres/fiches-intervenants/ed.html

 

 

 

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