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___________________________expérimentations

Conclusion

 

A la manière de mon travail plastique, ce mémoire rassemble les pensées qui m’ont habitées à un certain moment et ce n’est qu’un choix de réflexions parmi une multitude.

 

Selon Vilem Flusser, l’homme du futur « non-chosal » existera grâce au bout de ses doigts, parce que la main devient superficielle dans un espace où les « choses » sont insaisissables. Pour taper des programmes ou choisir parmi les programmes donnés, le bout des doigts devient indispensable. Mais quelle touche choisir ? « Le bout des doigts est l’organe du choix, de la décision.» (1) Dans une situation où les « choses » qui nous entourent diminuent, et les « non-choses » (informatiques) s’enflent, la main, l’action productrice est devenue superflue. « Ce qu’il s’agit encore de comprendre et de produire est accompli de façon automatique par des non-choses, par des programmes – par des « intelligences artificielles » et des machines robotisées. » (2) L’homme s’est émancipé du rôle de producteur et est devenu chômeur afin de pouvoir choisir et décider dans toute liberté. « La liberté de décision propre à la pression exercée par le bout des doigts se révèle être une liberté programmée. Un choix de possibilités prescrites. Je choisis conformément à des prescriptions. » (3) Mon travail se créée par la sélection d’éléments dans un corpus donné, donc le choix est limité et ne se fait qu’à l’intérieur d’un certain rayon. A l’aide d’exemples précis d’expérimentations, on a vu que même si on agit à l’intérieur de certaines limites, les possibilités d’agencements semblent infinies pour l’être humain.

 

Selon la pensée Flusserienne, tout se passe comme si la société du futur se divisait en deux classes : celle de ceux qui créent les programmes et de ceux qui se comportent conformément aux programmes. Donc, d’un côté on a les joueurs, les programmeurs et de l’autre les marionnettes, ceux qui sont programmés. Mais les joueurs, eux aussi se décident à l’intérieur d’un programme, qu’on pourrait définir de « métaprogramme ». En fin de compte, le mouvement que font les deux catégories avec le bout de leur doigt est le même. Cette régression de programmeurs programmés par des programmes semble être sans fin, on a à faire à une société de programmés programmant. « Telle est donc la liberté que nous ouvre l’émancipation vis-à-vis du travail : le totalitarisme programmé. » (4) L’impression de la liberté de décision est dégagée par les quantités énormes de possibilités susceptibles d’être choisies que renferment les programmes qui s’améliorent à vue d’œil. Des quantités qui dépassent la capacité humaine de décision.

 

 

Le travail plastique que j’ai réalisé au cours de cette recherche découlait au début d’une simple admiration pour l’abstraction dynamique sur ordinateur. Etant à ce stade de mon expérimentation et de ma réflexion, je pense que cette admiration découle d’un souhait inconscient que quelque chose échappe à mon contrôle, mais résiste à la volonté. Le recours au hasard, est-ce le besoin d’un auxiliaire de création ? Face à ces expérimentations produites au hasard et en déléguant ainsi une grande partie de la création aux choix du programme, nous pouvons nous demander qui les a créées, l’artiste ou la machine ? Est-ce que l’artiste s’éclipse derrière cette multiplicité de possibles et ses choix ?

Ou n’est-ce pas plutôt la fascination devant cette machine qui simule l’autonomie, et semble pouvoir égaler l’homme, et même le dépasser ?

 

 

(1) Vilem Flusser, Choses et non-choses, esquisses phénoménologiques, éd. Jacqueline Chambon p.107

(2) Idem

(3) Ibidem p.108

(4) Ibidem p.108

 

 

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